Les oubliéEs de la réponse gouvernementale à la COVID-19

Dans la plus récente publication du bulletin annuel le Noir sur Blanc, publié par le CRIO (Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais), nous pouvons y retrouver un texte signé par Daniel Cayley-Daoust, directeur-général de la TROCAO. En plus de textes traitant de l’itinérance et de la crise du logement, il est aussi question d’enjeux sociaux de manière plus large. C’est dans cette optique que nous avons accepté la demande du CRIO d’écrire un éditorial.

Vous pouvez trouver son texte à la page 24 de l’édition 2018-2020 (lien ici vers le bulletin) qui s’intitule : l’avant et le pendant – Les oubliéEs de la réponse gouvernementale à la COVID-19. Sinon, vous pouvez lire son billet ici-bas. Le but était de mettre de l’avant les difficultés préexistantes à la pandémie et l’exacerbation de problématiques déjà complexes telles que le sous-financement et l’instrumentalisation des organismes communautaires autonomes, pour ne nommer que celles-là. L’article se conclut sur un regard critique vers l’avenir, rappelant que les crises sont des opportunités pour changer de manière structurelle les choses, mais que nous devons être au front pour revendiquer et défendre nos rôles ainsi que nos missions.

Le Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais publie annuellement le bulletin de lutte à l’itinérance, le Noir sur Blanc. Publiant des résultats recueillis annuellement, le Noir sur Blanc met en lumière les différents visages de l’itinérance dans notre région et ses causes. On y retrouve également un portrait évolutif de l’itinérance dans la région de l’Outaouais, ce qui permet de comparer la situation actuelle avec les années précédentes et de constater son avancement ou son recul. Lien vers les bulletins

 

Cette pandémie ne finit pas de pas finir. Avec un événement aussi tragique et global, on peut penser que tout est hors de notre contrôle. Par contre, devant cette énorme catastrophe, on constate qu’il y a des bouts qui auraient pu être évités. Les coupures dans les services publics et les services sociaux et l’austérité répétée au cours des dernières décennies ont mené au résultat dévastateur que nous connaissons aujourd’hui. Le gouvernement se préoccupait de notre bien-être collectif, s’il restait de l’argent. Le reste était confié au marché de l’offre et de la demande, et ce n’est pas rentable de s’occuper des gens qui n’ont pas d’argent ou qui sont marginalisés. Ces décisions politiques ont établi notre condition de société pré-pandémie, notre capacité de répondre à la crise.

Les oubliéEs de la réponse gouvernementale à la COVID-19

À la case départ en mars 2020, on peut identifier quelques éléments annonciateurs. D’abord, un fait notable est que le budget de la santé publique a été coupé d’un tiers en 2015 ce qui aura inévitablement des impacts sur la prévention et la préparation pour une éventuelle pandémie. On remarque un grand contraste avec plusieurs autres pays qui ont choisi d’investir en santé publique suite au SRAS par exemple. Conjointement, on remarquera aussi des pénuries au Canada dès les premiers jours de la pandémie, de matériel de protection sanitaire comme les masques chirurgicaux et N95, et ce tant au sein du système de santé que du communautaire. Ensuite, les crises d’avant-pandémie se renforcent les unes les autres. Il n’est donc pas surprenant de voir que la crise de la COVID-19 en rajoute une bonne couche épaisse qui accentue les autres enjeux sociaux qui sont vécus par une panoplie de gens. On peut parler par exemple de la crise du logement, de l’itinérance, de la précarité des gens qui bénéficient de l’aide sociale, du manque de soutien psychosocial individuel et collectif, de l’isolement et du manque de soutien ou de milieux de vie appropriés pour les personnes âgées et les personnes en situation de handicap. La précarité d’avant-pandémie était déjà inacceptable, avec au moins une personne sur dix qui était incapable de couvrir ses besoins de base. Et il y a plusieurs autres crises et enjeux à considérer. Sans surprise, ces crises se sont accentuées. Puis finalement, l’avant-crise pour le communautaire ressemblait à une lutte constante pour une reconnaissance gouvernementale, contre une instrumentalisation, et pour un financement adéquat qui permet de répondre aux missions des organismes et offrir des conditions de travail dignes pour tout le monde. On se retrouvait donc avec beaucoup d’organismes en mode de survie et en précarité cyclique. Pendant la pandémie, on peut affirmer que le milieu communautaire fut constamment le grand oublié dans la réponse gouvernementale.

UN REGARD VERS L’AVENIR Avec tous ces constats pré-pandémie, on réalise que les conditions gagnantes de réponse à la crise n’étaient pas réunies, et donc que c’était un échec annoncé. Les choix des gouvernements successifs, l’alignement avec les politiques néolibérales des dernières décennies et l’austérité budgétaire ont eu de lourdes conséquences sur notre système de santé, sur la capacité du milieu communautaire à répondre et à s’adapter à l’urgence sans s’épuiser. Les grands perdants de ces choix politiques sont les personnes qui sont mortes en masse dans les CHSLD. Ce sont les personnes vulnérabilisées et marginalisées qui voient leurs repères et systèmes d’aide disparaître ou se transformer du jour au lendemain. Et les travailleurs et travailleuses du communautaire, du système public et de plusieurs autres secteurs qui sont forcés à s’épuiser dans un système rigide qui n’était pas prêt à accueillir le stress de la pandémie. Les leçons pour nos gouvernements seront-elles apprises pour la sortie de crise et l’après pandémie? L’urgence permet de justifier une approche top-down sans considérations pour les populations concernées ni les travailleurs, travailleuses ou organismes qui travaillent sur le terrain, parfois depuis des décennies. C’est une idéologie et une approche que la CAQ portait déjà avant la pandémie. Le gouvernement continuera-t-il dans ce style de gouvernance rigide et dépassé qui dépossède et qui s’appuie sur une gestion calquée du secteur privé pour tenter de résoudre les crises ? Pour l’instant, rien n’indique un changement de cap de la CAQ, mais plutôt une instrumentalisation des crises pour imposer leurs priorités, et ce en ignorant les crises. Pourtant les crises peuvent être une opportunité pour faire de grands changements structurants. Ce sera à nous de réclamer et d’imposer une nouvelle vision collective pour que personne ne soit oublié à l’avenir, que personne ne soit sacrifié.

Daniel Cayley-Daoust, directeur général TROCAO

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